Orgues ?

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Le site des Orgues d’Ille-sur-Tet (66, Pyrénées Orientales) s’ouvre sur un amphithéâtre sculpté de gigantesques colonnes, hautes de 10 à 12 mètres. Ce paysage est un oeuvre éphémère, d’apparence figé, de grandes quantités de sable sont emportées à chaque pluie. Les formes anciennes s’effacent, de nouvelles naissent. L’érosion est maîtresse du lieu.

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Les colonnes de roches sableuses qui nous entourent sont des cheminées de fées, nommées aussi « demoiselles coiffées » en raison de la couche dure qui les chapeaute et les protège un peu, un temps du moins, d’une érosion inéluctable.

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Les cheminées de fées se forment ainsi : là où la végétation est clairsemée, les premières ravines se forment. La couche tendre une fois atteinte s’incise. L’érosion travaille de manière différentielle, le creusement est plus intense sur la partie tendre donc sur la colonne dont le diamètre diminue, le chapeau résiste. Le chapeau bien que plus dur finira par perdre son assise et par choir. Sans chapeau, la colonne s’affaissera.

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Sur les pentes les moins raides, les incisions en « tuyaux d’orgues » apparaissent avec plus de vigueur que sur les colonnes. L’eau se concentre et ruisselle par ces gouttières.

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Quelle vue sur le Canigou (2 784m) encore enneigé en ce printemps !

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L’appellation « Site des Orgues » est locale et peut prêter à confusion car en géologie, le termes d’orgues désigne le plus souvent des coulées de basalte ayant solidité en long tuyaux. Ici, il n’y a rien de volcanique.

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Les alternances de chaleur et d’humidité jouent sur les argiles qui gonflent et se rétractent, elles finissent par imprimer des lézardes dans les parois.

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La couleur blanche correspond aux argiles, les teintes ocres sont liées à l’oxydation du fer.

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Un arbuste esseulé penche dangereusement.

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A bientôt dans les Pyrénées Orientales !

Petite histoire géologique des lieux :

La formation de la chaîne pyrénéenne date d’il y a environ 45 millions d’années. Le plissement s’étend alors jusqu’en Languedoc et en Provence.

Puis vers – 30 millions d’années, la partie orientale de la chaîne se disloque et s’effondre. Notre Méditerranée actuelle apparaît pour la première fois.

Mais entre -5,8 et -5,3 millions d’années, elle va presque totalement s’assécher, en raison d’une fermeture du détroit de Gibraltar liée à un mouvement des plaques. Privée de l’entrée des eaux atlantiques, son niveau chute de plus de 1500 mètres, de profondes vallée se creusent alors !

La mobilité des plaques étant sans fin, cet épisode ne sera que de courte durée. Au pliocène, une nouvelle invasion marine a lieu. C’est sur les bordures de ce bras de mer que se déposent les sables d’Ille-sur-Tet. Les processus d’érosion, toujours à l’oeuvre, sous un climat tropical chaud de la fin du tertiaire ont déblayé de plateau de Montalba granitique de son épais manteau d’altération. Rivières, ruisseaux, s’y chargeaient de sables qu’ils déposaient ici à leurs débouchés de la vallée. A proximité du rivage, le golfe se comble peu à peu.

Le paysage ressemble à la savane africaine : des hautes herbes, jaunes par le soleil et battues par le vent. La faune est similaire à celle que l’on retrouve actuellement en Afrique (singes, rongeurs, éléphants etc.). C’est une époque charnière dans l’évolution du climat de la terre car le climat chaud devient plus sec, c’est l’apparition du climat méditerranéen et ceci préfigure le refroidissement quaternaire.

Le site doit aux premiers froid quaternaires (-1,8 millions d’années) se coiffe de blocailles qui chapeaute les colonnes. Le froid favorise l’éclatement de la roche par le gel. Au pied des sommets englacés, les paysages sont alors couverts de toundra et de steppes arides balayés par le vent. Seules les zones abritées accueillent des forêts de conifères et de bouleaux.

La faune ressemble à celle de l’Europe du nord : rennes, chevaux sauvages, bisons, antilopes, ours, loups, lynx, loutres, renards arctiques, hermines…

Telle est la longue histoire du site avant que le travail des eaux courantes ne s’exprime.

Aujourd’hui, avec les conditions climatiques qui rappellent les phases interglaciaires, ce paysage entame la dernière phase de sa vie, une phase d’érosion. Tout ce sable qui était en transit de la mer et qui est demeuré prisonnier là depuis 5 millions d’années partira au rythme des orages.

Source : Guide de visite des Orgues d’Ille-sur-Tet.

2 réflexions sur « Orgues ? »

  1. Les Pyrénées orientales sont pleines de merveilles sous le soleil et le bon climat 🙂
    merci pour ce reportage ! amitiés

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  2. Superbes photos et commentaires très instructifs. Bravo.
    Je connaissais les demoiselles coiffées des Mées, près de Dignes, mais pas ce site; une idée de visite pour les prochains mois. Merci

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